01 novembre 2009
24/10/08-24/10/09
Là où tout commence et là où tout finit ???
D'une exaltation aussi vive que soudaine et irraisonnée, que restait-il un an après ? Je n'y pensais pas réellement ce samedi soir ... Assis en haut d'une tribune, j'ai réalisé au bout de dix minutes, le regard perdu dans le vague en direction de ces onze petits lutins rouges dont les exploits à la même époque, un an plus tôt suffisaient à remplir de joie et de fierté une existence médiocre, ce qu'il était advenu des 365 jours qui venaient de s'écouler.
J'ai revu ces visages hilares, ces bouteilles qui s'agitaient, ces blagues de potaches, cette ambiance de camaraderie légère, ce cône de travaux au milieu de mon séjour et ces taches de gras sur le sol ... Avec du recul, j'avais trouvé "fun" le nettoyage express, tardif et obligatoire du sol, m'obligeant à un passage en coup de vent en boîte de nuit. Ces heures porteuses d'espoirs, d'envies, de jours heureux, d'émotions fortes, qu'en reste-il ? Au mieux du vide comme si rien n'avait changé, comme si des jours de pluie n'avaient jamais existé, comme si j'avais éteint la lumière pour la rallumer le lendemain, trouvant chaque objet à la même place, comme si le temps s'était arrêté ...
Puis les kilomètres le long du canal Saint Martin ou sur les bords de Vilaine, les sorties dans le froid perçant, sous une pluie battante ou sous un soleil de plomb et les millions de carreaux immergés contemplés au cours d'une année me sont revenus en tête. J'ai revu aussi des moments beaucoup moins glorieux au parfum d'éthanol et de couchers tardifs.
Pour conjurer cette fatalité ce samedi, j'ai encore et toujours suivi la masse, ... pour tromper l'ennui ? Non je ne le pense pas, on apprend de ses erreurs, ratages ou actes manqués (on les appellera comme on veut). J'ai revisité en une soirée tous ces endroits plus ou moins glauques de la vie rennaise avec un regard extrêmement critique, voire même inquisiteur de celui qui juge. Cactus, Dejazey, Pym's, autant de lieux que j'ai fréquenté avec assiduité ces 10 dernières années pour fêter des fins de partiels pas toujours glorieuses, des réussites chanceuses en fin d'année souvent comme ces buts de raccroc marqués sur un cafouillage à la 90e ou juste pour me divertir.
J'ai remonté le temps plus loin que ce 24 octobre 2008, j'ai revu ces places fortes de l'amusement et de légèreté dans un brouillard à couper au couteau; à l'époque où tabac et monde de la nuit faisaient bon ménage; cette odeur forte de tabac froid qui te poussait sous la douche à peine rentré à la maison et t'assurait un début d'angine dans les 3 jours qui suivaient ... Des microsiestes sur le banquettes du Pym's ou de l'Espace avec Gaël, j'ai revu nos yeux ahuris, nos yeux écarquillés par le bruit ambiant et les excès réalisés avant de se précipiter sur la bar.
Non, cette vision là, ce soir, était impossible, j'ai visité l'ensemble de la gamme PAGO de 22 heures à 5 heures du matin et une partie des breuvages de la Coca Cola Compagny. J'ai épié ces visages au teint et au relief incertains, aux coupes improbables, au maquillage déposé à la truelle pendant 7 heures ... une sorte de bestiaire de tous ceux qui vont se coucher tôt le matin et sortir de leurs rêves mais rêvent-ils ? Non, ils s'agitent laborieusement, les gestes désordonnés de pantins désarticulés qu'ils entament laissent présager des substances neurotoxiques qu'ils ont ingérées en masse. Pupilles dilatées, sueur au front ou aux aisselles, épaules pantelantes sous les lumières blafardes, tout est prétexte à se coller à son voisin ou à sa voisine.
Ils cherchent l'Amour ? ces jeunes et cons ? enfin pas forcément si jeunes ... Rien n'est moins sûr... Une oreille attentive, une/des présence(s), un plan à l'horizontale ...
Vu dans mon œil, tout ceci est apparu grotesque, trivial, d'une médiocrité affligeante; à quoi bon s'enfermer dans une ambiance surchauffée pour profiter des effluves pas toujours agréables de son entourage et finir à chaque fois à faire la queue au fond de la salle en direction des toilettes ? Une occasion de discuter et de lier connaissance peut être ... je l'ignore, je constate juste que les moutons de Panurge transhument aussi la nuit !!
24 octobre 2009-24 octobre 2009, 365 jours désagréables, 365 jours au milieu des fantômes du passé dans un présent bien ancré, un paquet de dates et d'événements auxquels je n'ai plus envie de prêter une once d'attention : de Noël au nouvel an jusqu'à la rentrée scolaire. Sans moi à l'avenir, sans eux à l'avenir ...
Une année d'illusions déçues pour se rendre compte que le pays des Bisounours n'existe pas, que la vie n'est pas un conte de fées, qu'on m'a menti, que rien ne m'attend à part la certitude de finir dévoré par les vers comme cet humus formé de matière organique en décomposition: "Vivre c'est apprendre à mourir"
Une année c'est bref, un an c'est long, voyages, sorties, rencontres en tout genre; certains moments comptent plus que d'autres, certains s'effacent, tentent de se faire oublier ou alors telles des abeilles qui piquent l'esprit reviennent encore plus violemment après une hibernation forcée. Je choisis de formater la case 2009 dans mon disque dur interne pour effacer ce "Songe d'une Nuit d'automne" de ma mémoire.
A trop rêver le meilleur, l'atterrissage, le premier pas sur un ponton "juste après" est délicat à vivre, parfois douloureux. Les projets pharaoniques, les chimères, les "Rêveries d'un promeneur solitaire" qui ont suivi, il en reste peu de choses: 3 bouts de métal accrochés au mur ...
"A trop vouloir sortir de la vie courante, on risque vraiment d'en sortir. A trop vouloir s'échapper, embrasser les virtualités irréalisées d'un moi jamais tout à fait là, tout à fait ailleurs, on court à sa perte, inévitablement. On aimerait bien vivre d'autres vies, découvrir ce qu'on aurait pu être. On aura d'autres vies pour le découvrir" (ou pas)
Yann Quéffélec
C'était écrit là haut, on ne modifie pas son destin .... Nous ne sommes que des amas de matière projetés à plusieurs millions de kilomètres/heure autour d'un astre brûlant en rotation que même le battement d'aile d'un papillon à l'autre bout du globe ne perturbe pas ....
Tempus fugit .....

